La croisade des bulles de verre

September 1, 2015

Je vous le dis, notre société est étonnante !

 

Voilà quelques années, une grande croisade fût organisée par nos strates dirigeantes.... pour sauver notre belle planète.

Il fallait agir vite, le danger était imminent !

L’hérétique à éradiquer n'était autre qu'une petite bulle de verre au cœur incandescent, dont on accusait sa gourmandise en électricité.

Ainsi désigné « Ennemi public de notre consommation », elle rencontra les foudres d'une ferveur citoyenne auréolée de vertu toute écologique. Il nous fallait bouter la petite gloutonne hors de nos intérieurs, sans la moindre compassion.

 

Vous trouvez mes propos exagérés, hors contexte ? Les croisades sont religieuses ?

Pourtant, les mécanismes de l'esprit et la manipulation par l'idéologie sont les mêmes que ceux utilisés jadis pour lever des troupes et partir en Terre Sainte.


Une aire nouvelle, donc, était en marche !

 

Dans notre quête pour un monde moins énergivore, plus respectueux de l'environnement, nous pûmes conter sur nos industriels bienveillants. Prenant part à la lutte avec une rapidité et une créativité sans pareil, ils soufflèrent de nouvelles remplaçantes aux performances redoutables. Elles avaient pour nom « fluocompacte » et « LED ».

Quelques irréductibles nostalgiques protestèrent. Pourquoi s'en prendre à une si belle lumière, à la douceur chaude, parfois vacillante ?

Les plus sophistiqués d'entre nous furent horrifiés. Les «nouvelles» projetaient en ombre chinoise, les structures des abats-jours sur leur tissus délicats !
Le monde très prestigieux de l'art contemporain se retrouva plongé dans un terrible effroi : qu'allait-il advenir de ses merveilleux chefs d’œuvres utilisateurs de la désormais bannie ? Dorénavant, privés de leur restauration vitale, ils se retrouvaient menacés d'extinction.

C'en était bel et bien fini de la prodigieuse invention d'Edison, complice intime de nos nuits, depuis tant de générations.

 

Il est vrai, les «remplaçantes» se révélèrent nettement plus coûteuses. Mais bon ! Que ne ferions-nous pas pour mener à bien notre mission.

Certes, leurs productions, devenues une exclusivité chinoise, avaient, de ce fait, un impact carbone peu avouable et un transport onéreux. Mais bon, mondialisation oblige, que ne ferions-nous pas pour mener à bien notre mission.

Il y eut aussi la révélation un tantinet scandaleuse, du contenu des ampoules fluocompactes. Leurs tubulures opalines renfermeraient de la poudre de mercure, substance fortement toxique qui causa la perte de nos bons vieux thermomètres quelques décennies plus tôt. Mais bon ! Que ne ferions-nous pas pour mener à bien notre mission et puis tant pis pour les maladroits : qu'ils les échappent donc et qu'ils les cassent ! Ils se retrouveront poudrés du nez, comme l'étaient à la céruse les précieuses du temps de Molière : tous et toutes aussi ridicules au vue de leur santé !

 

Le temps a suivi son habitude ; il ne s’arrête jamais !

De nos jours, les lumières de nos intérieurs et celles de nos villes ne sont plus guère incandescentes : «Nous protégeons notre planète !»

 

Chose étonnante : après avoir si vaillamment œuvré pour réduire nos gloutonneries énergétiques, nos factures d'électricité continuèrent d'augmenter.


Chose tout aussi étonnante, nos industriels bienveillants inondèrent et inondent encore nos quotidiens d'une multitude d'«indispensables», tous merveilleux, tous nécessiteux de leur dose électrique pour assumer leurs bonnes fonctionnalités.

 

Chose plus étonnant encore, alors que le fer de lance de cette croisade était l'urgence de réduire nos besoins, de nouveaux projets fleurissent un peu partout dans le monde : barrages hydroélectriques, centrales nucléaires où à charbon... tous plus audacieux, plus ambitieux... plus productifs.

Une démesure nécessaire, nous dit-on, pour pourvoir aux besoins exponentiels de notre modernité.

 

Quant à la cause écologique, fierté de nos étendards ?

Il faut bien l’admettre, la protection de notre Terre mère ne fut rien de plus qu'un argument marketing juteux, bon pour les affaires.

Quel véritable intérêt y avait-il à supprimer la production des ampoules incandescentes alors qu'une diminution de nos besoins énergétiques reviendrait à de la décroissance donc à un frein et une menace pour notre modèle prédominant ? D'une conception trop simple, générant que trop peu de marges, la petite bulle d'Edison était devenue non-rentable aux yeux d'une économie qui fonctionne exclusivement sur le profit.

 

Que penser, alors, de la vertu et de la bienveillance de nos élites ?

 

Voilà que l'actualité nous replonge dans la grande croisade écologique.

Deux nouvelles bêtes noires, empoisonneuses expertes de la particule fine sont jugées responsables de nos pics de pollution. Empanachées de leurs habits guerriers, nos élites vertueuses en appellent à leur éradication.
Tremblez, vielles voitures diesel ! Tremblez, cheminées traditionnelles ! Vous jours sont désormais comptés !

 

Je l'avoue, me voilà dubitatif.

La nécessité urgente de réduire efficacement nos émissions polluantes et de restreindre notre pillage énergétique semble aujourd'hui une évidence. On est en droit, de ce fait, d'attendre de nos pouvoirs politiques, les garants de nos territoires, un engagement impartial à l'encontre des véritables pollueurs/destructeurs. La liste est longue, hors il n'en est rien, et le politiquement correct semble fonctionner différemment.

 

Il est vrai que les vieux véhicules diesel produisent plus de particules fines que les autres. Mais sont-ils majoritaires dans nos centre-villes, et même sur l'ensemble du parc automobile existant ? Je ne pense pas. En revanche, je sais que leurs utilisateurs le sont par nécessité et non par choix délibéré.

De leurs hauteurs, certainement très dégagées, nos ténors politiciens ne semblent pas percevoir une quelconque difficulté à remplacer ces vielles surannées. Les réfractaires y mettraient même de la mauvaises volontés. Fichtre !!

Au passage, ils oublient d'évoquer l'existante de ces petites structures citoyennes, qui font un si merveilleux travail en permettant justement aux vielles mécaniques disgraciées, de fonctionner après réglage, à l'huile de friture recyclée. Ohh !!

Que dire ? Le recyclage d'un déchet gras, peu biodégradable, en un carburant non-polluant à faible coût, reste anecdotique et sans intérêt, aux pays des hautes strates ?

Leurs intérêts semblent en effet, ailleurs.

 

Quant à l'autre bête noire, la cheminée à foyer ouvert, les bras m'en tombent. Le feu est un fléau pour l'humanité ? Fichtre de fichtre !!

Depuis 400 000 ans que nous l'utilisons, pour ainsi dire quotidiennement, il serait temps de s'en rendre compte !

Heureusement, nous pouvons compter sur nos centrales nucléaires. Celles-là, au moins, ne polluent pas. C'est bien connu, en cas d'accident, c'est-à-dire jamais, l'impacte environnemental est aussi léger... qu'une volute de fumée !!

 

Mais revenons à nos foyers. Il serait donc urgent, vital même, dans notre chasse aux particules fines, d'interdire leur utilisation. Fichtre, fichtre, fichtre...!!

J'apprends là que le feu de cheminée serait le moyen de chauffage prédominant dans nos métropoles du XXIe siècle ? Pour sûr, le bois est un combustible idéalement adapté à nos vies citadines : facile à acheminer, simple à stocker... un « métro, boulot, corvée de bois, dodo » bien orchestré !

Les bras m'en tombent, vous dis-je !! Je vais finir par croire aux récits de science-fiction. Qu'une terrible malédiction contraint nos pauvres élites à errer, prisonnières d'un espace-temps, dans un XIXe siècle étrangement inachevé ?

Mesures pertinentes, donc ?

 

Un point continue à me perturber au sujet de ces particules fines.

Si je comprends bien, la combustion du diesel génère ce type de pollution, si les véhicules sont vieux. Celle du bois en génère également, si les cheminées sont à foyer ouvert.

Mais qu'en est-il des chaudières à combustion au fioul qui sont légion dans nos paysages urbains ?

Le diesel et le fioul sont un seul et même produit. Pouvez-vous m'expliquer comment l'un pollue et l'autre pas ? Un miracle ou un oubli ? Il faut dire qu'au XIXe siècle, les chaudières au fioul n'existaient pas.

 

J'ai bien peur qu'une fois de plus, la motivation de ces mesures ne soit que purement économique : dynamiser le secteur automobile et éviter de nuire aux intérêts des lobbies pétroliers, le tout emballé dans un joli package écologique.

Un politiquement correct impeccable !

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